VIE ARTISTIQUE

 

 

Nelly Harel

 

Ou quand la

peinture muse

 

ne silhouette, une ombre portée, un geste esquissé – et suspendu : tout dans la peinture de Nelly Harel participe à la magie de l’instant, atteste de la puissance d’une présence. Présence humaine bien sûr, sans rien d’appuyé, encore moins de systématique. Si le peintre reconnaît une fascination pour les foules, il ne s’agit nullement sur ces toiles d’assemblées grégaires, d’êtres anonymes ou désincarnés, de panurges ou de clones : une posture, un port de tête, la musique d’une main, une amorce de geste, un détail suffit à individualiser chacun. Qu’il s’agisse de foules, de groupes plus restreints ou encore parfois de personnages isolés, la composition semble organiser pour faire vivre la rue, une place ou l’intérieur d’un bistro comme une chorégraphie secrète. Petite musique de la rue montmartroise. Présence de l’espace : la courbe d’un dévers soulignée d’un bleu intense, plongeant sur une terrasse – et la rue entre presque en lévitation, nous l’avions toujours connu mais, n’avions jamais vu Montmartre ainsi.

Un pigeon seul au milieu de la place, un groupe sobrement campé sur les bancs des Abbesses, la composition épurée – et l’espace se dilate dans la douce lumière du soir. Ainsi d’un camion ouvert sur ses carcasses de bœufs au milieu de la rue Lepic, les pavés miroitant de toute la gamme des bleus : la vie, et un remarquable morceau de peinture. Le familier et l’insolite mariés par un regard tendre et chaleureux, le peintre a une manière, l’air ne pas y toucher, de nous guider du bout du pinceau qui n’appartient qu’à elle, une manière de nimber les choses du quotidien et les êtres croisés d’une aura forte et précieuse.

Art des reflets, fluidité de la touche, l’artiste sait se servir à cette fin de toutes les ressources de la couleur… Nelly Harel : l’art sur la pointe des pieds.

Née en 1954 à Bordeaux, Nelly se passionne très tôt pour le dessin, et plus particulièrement pour le portrait, sans doute influencée par ceux que sa grand-mère avait peints en Europe et en Afrique du Nord.

Autodidacte, malgré un bref passage aux Beaux-Arts de Toulouse, elle se forme en travaillant sur commande : portraits à la sanguine, puis à l’huile, dans les années 70.

Dans les années 80 elle réalise des huiles à la manière des Impressionnistes et des voyageurs orientalistes. Ces différentes approches lui permettent une nouvelle appréhension des couleurs. Dans les années 90 elle développe un style plus personnel, et participe à des expositions collectives en Provence. Depuis elle se consacre essentiellement aux paysages urbains et aux silhouettes des passants, cherchant à situer la frontière qui les sépare pour mieux la nier :

« Fascinée par les rythmes de la ville et des foules, j’y cherche une unité avec le reste de la nature qui m’apparaît dès que l’intention humaine se tait. Il y a une analogie entre les strates urbaines, les colonies animales, les paysages, c’est une question d’échelle et ça raconte des histoires, souvent les mêmes, c’est de la vie. Alors je passe du discret au continu, je peins du mur, du volet, de la foule, de la feuille et je m’amuse à écouter le son des couleurs et des contrastes là où la lumière joue, là où les lignes se tendent. »

 

Victor Garonne, 2006